vendredi 14 mars 2008

PEKIN – KATHMANDOU


Nous sommes aussi passes a Pekin pour pouvoir prendre la toute nouvelle ligne de train Pekin-Lhassa et ensuite rejoindre le Nepal par la route. La ligne Pekin-Lhassa etait mythique avant meme son achevement. Sur le plan technique, c'est une ligne qui traverse toute la Chine en 48h (alors qu'il fallait avant 10 jours !) en passant par le plateau tibetain, perche a plus de 4000m d'altitude (et quelques endroits a 5000m). Les experts internationaux avaient tous declare que ce projet etait impossible a realiser, trop dangereux, que les rails allaient etre deformees par le froid, que les pics geles etaient impenetrables, que les passagers allaient tous etre malades... Mais pour un pays comme la Chine, rien n'est impossible... La ligne devait etre terminee en juin 2008, juste a temps pour les JO, elle a ete achevee avec un an d'avance !!! Pour la deformation des rails, les ingenieurs ont prevu un procede de refroidissement ; pour le mal des montagnes, de l'oxygene est balance dans les wagons aux moments critiques. Voilà, aujourd'hui, c'est ca la Chine : rien ne peut lui resister.


Et puis traverser la Chine d'Est en Ouest en 48h, c'est passer par des paysages inimaginables : des collines a quelques heures de Pekin, puis des montagnes de plus en plus hautes, parsemees de quelques villages, une lumiere qui sublime tout... Puis les montagnes font place au plateau tibetain, indescriptible, desertique... Puis on entrapercoit une antilope, puis deux, affolees par le train qui coupe leur migration... puis des tibetains semi-nomades, qui accompagnent leurs troupeaux de yaks... les visages changent, les habitats aussi, ce sont maintenant des maisons en pierres grises, de plus en plus nombreuses, un village... puis plus rien, encore une terre desertique a perte de vue, pendant des kilometres... L'oxygene souffle, on respire trop. Puis cette terre aride fait place a la neige contrastant avec les quelques taches noires au loin : des yaks qui broutent. Puis les montagnes reapparaissent, blanches cette fois-ci... on arrive a Lhassa, engourdis par 48h de voyage.

Que dire de Lhassa... la situation est tellement complexe. Objectivement, Lhassa est divisee en deux : le quartier chinois et le quartier tibetain, qui peu a peu se retrecit, comme pris dans un goulot d'etranglement. La partie chinoise n'a aucun interet, ce n'est qu'une transposition de ce que nous avons pu voir dans l'est de la Chine : des buildings cheap, des magasins, pas de charme. Pour la partie tibetaine, c'est une autre histoire : l'architecture est preservee mais tout est sale ; la plupart des tibetains ne sont pas d'ici mais viennent en pelerinage, crasseux, morveux, pour faire le tour du Jokhang en faisant tourner les moulins a priere ou pour se jeter par terre, tete sur le sol, tous les 5 m (meme a 22h, lorsque la temperature a serieusement chute). Mais pourtant, Siddharta avait bien rejete la devotion de son enseignement, non ? Et puis des magasins sur tout le chemin, entre articles religieux et souvenirs touristiques. Les tibetains semblent sereins malgre l'omnipresence policiere a chaque carrefour de la ville... il regne meme une insouciance revelatrice d'un printemps qui s'annonce. Le Potala, palais tibetain et auparavant siege politique du Tibet, n'est plus qu'une coquille vide, face a un enorme monument dans le plus pur style communiste... Difficile de prendre une photo en eclipsant le drapeau chinois qui file au vent. Alors voilà, pour moi, Lhassa, c'est du grand n'importe quoi, un lieu incoherent tant sur le plan chinois que sur le plan de la foi bouddhiste.

Est-ce une ville representative de ce qu'est le Tibet aujourd'hui ? On a entendu tellement de sons de cloches differents qu'on ne sait plus quoi penser. On parle de genocide culturel, est-ce aussi simple ?
Les chinois ne comprennent pas le ressentiment des tibetains a leur egard : ils injectent des fonds pour le développement de la region, des ecoles pour instruire les tibetains, des hopitaux... Sans leur aide, les tibetains n'accederaient pas a la modernite. Pour les tibetains, le probleme est tout autre : ils ne peuvent pas oublier le massacre des annees 50, lorsque l'armee chinoise a envahi le Tibet dans un bain de sang, tuant plus d'un million de personnes et provoquant l'exil de 100 000 intellectuels dont le Dalaï-Lama, leader religieux et politique. Les tibetains ne veulent pas de ce plan de developpement qu'ils n'ont pas decide.
Peut-on parler de « genocide culturel » ? Lorsqu'on a ete a Lhassa ou dans le Sichuan, on ne peut pas soutenir ce point de vue : les tibetains ont conserve leurs traditions, leur look, leur specificite ; ils pratiquent leur religion librement, sans se restreindre... et si certains se laissent aller a porter des vetements plus confortables, est-ce que ce n'est pas du a une acculturation, ineluctable, qui touche l'ensemble des non-occidentaux aujourd'hui, plutot qu'a la mainmise chinoise ?
Parfois, nous avons eu le sentiment que l'independance du Tibet interessait plus la communaute internationale que les tibetains eux-memes. Ces questions suscitent toujours des debats passionnes entre voyageurs. Il manque une vraie enquete, un vrai travail de fond sur ces questions... mais tant que la Chine imposera des permis pour se rendre sur l'ensemble de la region, tant que la censure agira, on ne pourra jamais demeler le vrai du faux, la propagande et le fantasme de la realite.


Une chose est sure aujourd'hui, il y a plus de tibetains qui vivent en Chine hors du Tibet, dans des regions moins enclavees, que dans le Tibet. Et partout, sur les quelques routes tibetaines, la police est omnipresente.

Bref...Nous continuons notre route.


Apres cette escale plutot bizarre, nous nous dirigeons en 4x4 sur la route qui nous mene a Kathmandou. Les paysages se font plus majestueux encore que tout ce que nous avons vu jusqu'à present... La terre est seche, des montagnes semblent coupees en deux pour former des plateaux arides, c'est indescriptible, unique. Nous passons des pics a plus de 5000 m, sans ajout d'oxygene cette fois-ci... La nuit tombe, il fait froid, nos pieds commencent a s'engourdir... On se rechauffe en se blotissant contre les tibetains qui voyagent avec nous... La lune eclaire encore un peu le paysage... puis tout s'eteind, nous tombons de sommeil, le chauffeur continue.
Le lendemain, on approche de la frontiere nepalaise, le paysage a perdu de sa majeste... c'est fini. On arrive au Nepal, le choc : des femmes en saris, de la musique indienne qui hurlent dans les camions, il fait chaud, les bus sont bondes. Aux stations services, des queues interminables, 24h d'attente parait-il... Le Teraï, la region du sud du pays, fait un blocus generalise sur l'essence et quelques vivres ; nous sommes 9 dans une voiture qui compte 5 places, c'est le bordel politique.

1 commentaire:

Virginie a dit…

Vaste question en effet
c'est intéressant de lire ton point de vue avant de me rendre sur le passage de la flamme olympique à Paris et manifester !!!
je te raconterais cela
J'ai hâte de voir les photos des paysages magnifiques que vous traversez et des visages :-())
Virginie
ps : tu me manque